Lectrices.eurs de Cyclaudio,
Bienvenue aux personnes qui ont répondu à mon invitation depuis Instagram.
Je vous propose une virée en Creuse. À vélo, bien entendu.
Casque sur la tête, mains sur le guidon et pieds sur les pédales. Ça va toujours ?
Dans ce retour tout terrain de cet été 2025, je vous raconte l’immersion vécue en Creuse où je me suis rendu pour une mission de quelques jours.
J’entendais parlé du vide, mais pour moi, ça sonnait tout plein.
Remplis de souvenirs d’enfance, la creuse était pour moi une étape nature, avant de se diriger en famille sur la côte atlantique.
Juin 2025, installé temporairement dans une maison de famille, je rejoindrai dans quelques jours le sud du département. Un peu plus tôt dans la saison, j’avais tapé à la porte du département1 pour faire savoir ce que je faisais : du “vélo et des enregistrements sonores”.
Pour cette première collaboration avec une collectivité locale, nous convenons de donner à voir et à entendre les paysages naturels du sud de la Creuse, avec un focus sur la thématique de l’Eau, sous un angle contemplatif.
La Presqu’île de Chassagnas, Les cascades des Jarrauds, les cascades d’Augerolles, la Rigole du Diable et les Landes et Tourbière de la Mazure
Une fois, les lieux emblématiques choisis, je consulte dans la foulée, un document interne au département (mis à ma disposition), qui regroupe les différentes voies balisées. Je relie les lieux et édite une trace GPX de 50 kilomètres sur mon application de navigation, Komoot.
Quelques heures pour planifier mon emploi du temps, mes déplacements sur les lieux, ravitaillements et campements approximatifs. Celles et ceux qui ont déjà voyagé à vélo, savent qu’il est impératif de rester ouvert à toutes autres éventualités. C’est ce qui me plait dans le déplacement à vélo : l’agilité qu’exige la vulnérabilité. Donc, rien de figé mais quand même, un programme dans les grandes lignes
À en croire mes application météorologiques, le temps sera stable ces prochains jours. C’est décidé, je partirai demain matin.
Le lendemain, les sacoches sont attachées, le matériel inventorié, les batteries chargées, le corps entraîné. Le portail de l’entrée grince, comme toujours. Un grand claquement retentit dans le village qui me renvoie l’écho. Les tourterelles se réfugient sur le toit au côtés de la girouette qui, elle, s’est volatilisée. Je glisse la clé dans la serrure, donne deux tours et monte sur le cyclo. Direction Aubusson par la véloroute V87, la vagabonde !
Quelques heures plus tard, j’arrive au camping municipal de la capitale mondialement connue pour ses tapisseries. Je fais deux rencontres (si on considère qu’un couple ne fait qu’un?). La première est une tique qui voulait élire domicile dans mon gras du bide. La deuxième, c’est un couple de retraités que j’avais interpellé dès leur arrivée, pendant qu’ils manoeuvraient leur caravane à l’aide d’une télécommande sans fil.
Nous sympathisons par des bavardages. Ils m’invitent à leur table de camping pour un repas improvisé de riz, de crudités et de saumon fumé. Un festin pour le cyclard que je suis. “Tu devrais mettre une grande lampée de jus de citron dans tes bidons pour éviter la déshydratation” me dit madame. (ce que je fais maintenant de manière systématique lorsqu’il fait chaud). La Creuse, ces deux retraités l’aiment pour son calme si reposant et ses paysages verdoyants. Les campings peu surchargés et les prix moins élevés que sur la côte d’Azur. Mon regard se perd sur la riviera Creuse qui traverse le camping. Les derniers scintillements de lumière viennent percuter ma rétine. Je peine à remonter le courant de mes pensées tandis que le sommeil m’emporte avec les flots. Nous nous souhaitons bonne nuit et me retire dans ma Forclaz.
Situé dans la vallée du Thaurion, j’arrive en fin de matinée sur le site encaissé entre Royère-de-Vassivière et Le Monteil-au-Vicomte. Plein mois de Juin et l’humidité encore présente. D’un côté de la route, la rigole du diable, de l’autre, la tourbière de la Mazure.
Je marche et m’arrête, j’observe, je tends l’oreille : j’identifie les sources sonores, les lumières, les contrastes, les couleurs, les textures, la faune, la flore… Je me laisse submerger par l’expérience esthétique de ce premier tour de chauffe.
Pour faire redescendre le rythme cardiaque et aiguiser mon attention, je m’assois, puis j’écoute. L’état contemplatif ne se commande pas, on l’accueille ou on laisse filer. Je commence par les enregistrements binauraux qui durent trois minutes chacun. Multipliez ce temps par l’ensemble des prises effectuées pendant ces quatre jours (entre 50 et 60 enregistrements) et vous aurez une idée de la durée totale de captation.
Casque sur les oreilles, je continue à arpenter l’environnement du regard.
La palette sonore sera constituée de différentes échelles de plans, allant du détail d’un petit filet d’eau qui s’écoule jusqu’à un paysage sonore plus large, rendant compte de l’environnement dans son ensemble.
Le jour d’après, réveil aux aurores au bord du lac de la Vaud-Gélade. Je me régale de ces chants d’oiseaux et de leurs innombrables mélodies. Une légère brume somnole encore sur le lac. Les yeux plissés, je farfouille dans ma sacoche pour en sortir l’enregistreur et les deux microphones. Une profonde inspiration… Pffuuuuuuu… et je relâche. L’enregistrement est lancé, ainsi que la série de « Bivouac Sonore » (écoute au casque fortement recommandée).
Les trois jours restants ont été tout aussi rythmés, sans difficulté particulière et dans des environnements très agréables. Une frustration demeure pourtant : celle du grondement des avions à des milliers de mètres au-dessus de ma tête. J’avais des difficultés à réaliser des enregistrements au delà de trois minutes sans qu’un résidu de moteurs ne vienne polluer mes oreilles. La densité du trafic aérien est vertigineuse lorsqu’on écoute attentivement, même loin des centres urbains…
Retour au bercail (sans trompettes) pour me reposer et continuer le travail de post-production. Il me reste quelques jours avant le rendu. Le « one-man-crew » n’a pas encore fini sa course
Je m’interroge sur cette quête de paysages sonores vidés de toute anthropophonie. Une réflexion qui sera accompagnée par la lecture de Juliette Volcler et son livre L’orchestration du Quotidien. Pourquoi chercher à les cacher, puisqu’ils sont là… Pourquoi chercher à rendre plus désirable un son ? Mince alors, c’est donc vrai, des designer sonore travaillent réellement sur le bruit de fermeture des portières de voitures ?!
Cette boucle en solitaire, sur le territoire de mes souvenirs, a ravivé des sensations passées à barboter aux abords des rivières creusoises. Des nuances de lumière traversant les bois, le ballet des araignées d’eau à la surface, la marche sur la vase et les cailloux, les barrages avec mes cousins, le son de l’écoulement de l’eau…
Je repars serein, apaisé et vivifié. Un rythme plus lent sur le vélo, sans précipitation, avec le plaisir d’avoir passé ces quelques jours dans ces paysages foisonnants, le cœur empli d’un sentiment d’accomplissement.
C’était donc ça la diagonale du vide ?
Et toi ? Quel est ton premier souvenir en ‘nature’ ? Une image, un lieu, une émotion, un son... qu’est-ce qui refait surface ? Hâte de découvrir vos histoires !
Sur un malentendu, tout peut arriver…
Florent
