Bonjour à toutes et tous,
Dans cette édition du mois de juillet :
- Les inspirations — Cities & Memory, le peuple des algues
- Mes actus — mission creusoise, la presqu’île de Crozon #2, appel à résidence chez L’Ondée
- Le carnet de route — une trace géopoétique dans le vide
Préserver le son des sites UNESCO — Stuart Fowkes (Cities & Memory)
Quand on pense aux sites UNESCO, on voit immédiatement des images ; Sonic Heritage inverse la perspective : il invite d’abord à écouter. Le collectif britannique Cities & Memory, fondé par l’artiste – curateur Stuart Fowkes, a rassemblé 270 enregistrements bruts captés sur autant de sites classés ou d’éléments de patrimoine immatériel dans 68 pays – du souffle dans la galerie intérieure du Taj Mahal aux prières tibétaines de Leh, en passant par le chœur de cigales florentines ou l’écoulement de la lave à l’Etna. Chaque piste est ensuite « réimaginée » par un musicien, créant une deuxième lecture artistique qui dialogue avec le son d’origine.
Sonic Heritage prouve qu’entendre un lieu peut être aussi puissant que le voir. À l’heure où la pollution sonore grandit, documenter et partager ces paysages auditifs devient un acte de préservation patrimoniale – et une nouvel horizon pour les territoires qui veulent raconter leur identité autrement.
LE PEUPLE DES ALGUES
Depuis quelques années, les algues bénéficient d’une couverture presse sans précédent. Les uns y voient un nouvel eldorado, les autres, une menace pour nos écosystèmes. Et malheureusement faute de connaissance, le constat s’arrête là. Ces organismes vivants sont méconnus du grand public, mais pourtant nombre d’humains entretiennent des relations privilégiées avec ces algues : phycologues, récoltants, plasticiens, cuisiniers, pêcheurs à pied, naturalistes, ou encore politiques.
Via dix portraits sonores, le podcast Le peuple des algues propose une plongée sensible sur l’estran, la zone de balancement des marées.
Le peuple des algues est une création originale du Collectif Serres. Elle s’inscrit dans le projet de territoire Espèce d’Estran ayant reçu le soutien financier du Parc naturel marin de l’estuaire de la Gironde et de la mer des Pertuis et de l’Office français de la biodiversité.
En immersion sonore au fil de l’eau, écoutez la nature creusoise
Comme évoqué dans l’édition de juin, j’ai eu le plaisir de réaliser une mission pour Creuse Tourisme, avec qui nous avons co-construit un projet autour de la valorisation de cinq sites naturels emblématiques du territoire.
Pour cette première collaboration, le thème de l’eau a été choisi : cascades, rivières, tourbières… ensemble, nous avons sélectionné les lieux les plus propices à une immersion sensible et sonore.
À partir d’une carte de chemins balisés fournie par l’équipe du département, j’ai conçu une trace GPX reliant ces différents points d’intérêt.
L’idée : permettre à chacun·e de suivre à son tour une boucle d’environ 60 km à travers ce patrimoine naturel, à pied ou à vélo — les oreilles grandes ouvertes.
Pour chaque lieu, j’ai réalisé plusieurs enregistrements en variant les champs d’écoute, à différentes "échelles" — un peu comme on le ferait en image : des gros plans, des plans moyens, puis des plans plus larges, pour capter toute la richesse et les nuances sonores du site.
Entre 3 et 5 enregistrements de 3 minutes ont été réalisés par site, ce qui constitue au final une palette sonore de 30 ambiances.
Un ensemble qui reflète la singularité acoustique du territoire creusois, dans toute sa diversité.
Pour la partie vidéo, j’ai à cœur de proposer un autre rythme, de ne pas simplement “faire ce qui marche”, mais d’ouvrir la voie à un regard plus contemplatif, une démarche qui laisse toute sa place au paysage sonore.
Pour écouter et regarder comment ce travail a été valorisé sur le site internet de Creuse Tourisme
Résidence — L’ondée
J’ai entendu parler de L’Ondée il y a peu : un lieu éphémère d’expérimentation, de recherche et de transmission dédié à la création sonore en milieu rural. Un premier appel à résidence a été lancé pour une création sonore sur ce territoire, en partenariat avec la Communauté de communes Thiers Dore et Montagne (TDM).
Ce type de résidence correspond parfaitement au travail que je souhaite développer par la suite, et je crois profondément qu’il faut multiplier ces pistes — bien qu’elles existent déjà — pour mêler les disciplines et valoriser les questions d’appropriation du territoire. Il s’agit de croiser les regards artistiques, scientifiques, architecturaux, urbanistiques, sociaux,…
→ Consulter l’appel à résidence
PRESQU’ILE DE CROZON — RÉSIDENCE EN VACANCES
Comme l’année dernière, je prends l’air entre terre et mer. Au bout du monde, en Finistère — chez Philadelphia Guesthouse. En échange d’un petit coup de main pour faire tourner la maison, j’ai le gîte et le cou — vert — et bien bronzé. Piqué par la pratique du surf, si vous savez… vous savez !
C’est un lien d’enfance que je cultive en revenant ici. Non pas forcément avec la Bretagne, mais avec l’océan, la vague, le roulis de la houle — un lien distendu par des années de vie citadine, à Lyon.
Si l’été dernier marquait un tournant avec la création de Cyclaudio (depuis une caravane de construction finlandaise), cette année, je poursuis l’exploration. Je prends le temps de nourrir ma réflexion autour du lien à ce territoire et de travailler sur ce projet de vélo, territoires et paysages sonores.
Nombreuses sont les personnes de passage ici, saisies par la beauté brute des paysages : le sauvage, non domestiqué, le non-bâti, les falaises, le silence, la pluie?… En écrivant ces lignes, je me dis que je pourrais laisser le micro traîner, comme une invitation discrète à la curiosité. Et poser quelques questions aux hôtes de la guesthouse :
Qu’est-ce qui vous a amené ici ? Pourquoi ? D’où venez-vous ? Qu’espérez-vous voir, entendre, ressentir ?
Est-ce uniquement visuel — l’eau turquoise, les cours de surf, les couchers de soleil ?
Des pistes de réflexion surgissent, griffonnées à la volée.
C’est un temps,seul,
pour m’écouter.
Écouter les autres,
écouter les paysages — sonores.
Encore une fois,
Sur un malentendu,
Tout peut arriver :)
Une diagonal géopoétique
Quand je parle de mon camp de base en Creuse, j’ai souvent droit à des remarques un peu moqueuses. Je ne suis pas originaire du coin, mais j’y ai passé nombreuses vacances, mises bout à bout. Je me souviens des balades autour de l’étang des Landes, des baignades sauvages avec mes cousin.es dans les rivières, les pierres couvertes de vase, d’une grande tente qui me portait pour apercevoir les dindons de l’autre côté du mur, des repas partagés dans un bout de jardin, lors de paisibles soirées d’été.
La Creuse, c’est encore aujourd’hui une maison de famille. Une halte pour alléger le trajet des vacances depuis Lyon vers l’océan.
Je me demande souvent ce qui me lie à ce territoire. Est-ce une nostalgie d’enfance que je cherche à retrouver, inconsciemment? Ou bien un message des générations passées, que je cherche à prolonger? Et pour combien de temps? J’y glisse un regard plus poétique… mais ces souvenirs étaient-ils si beaux, ou est-ce le filtre du temps ? Selon Deleuze, ce qui bifurque ce n’est pas l’espace mais le temps… à méditer
— Donner du sens à ces vies découpées, emballées et revendues en barrette de datas —
Sensible à l’injustice, j’aimerais « sauver » ce département de la déprise — mon nom est personne — faire voir que ce n’est pas vide. C’est plein de silence, d’arbres et d’animaux sauvages, de vallons et de lumière, de villages et de sillages. C’est rempli à ras bord de moments poétiques. Mais à quoi bon, dans cette société qui dégouline — La vie Liquide — Ras-le-bol !
La Creuse semble libre, insaisissable — non domestiqué — on y fait des rencontres ORDINAIRES, loin des ordinateurs.
Il y a JeanJean, le couvreur-charpentier venu s’installer ici pour y exercer son métier dans les règles de l’art.
Lisa, mère de quatre enfants, qui vivait en yourte, séparée depuis peu. Elle travaille aujourd’hui dans une tisserie pour subvenir aux besoins de sa famille. Au bar du village, bière en main, elle me confie qu’elle a dû renoncer à ses toilettes sèches — "un pas en arrière dans mon engagement écologique", dit-elle.
Lidye, artisane d’art en pleine séparation elle aussi, tatouée, habillée comme Laura Ingalls dans La Petite Maison dans la Prairie. Ces fin de journée au jardin partagé donne lieux à des moments de partage radicalement simple et pourtant si vivifiant. Je l’ai rencontrée ici Lidye. Elle me dit qu’elle a repris la gestion de la grande braderie du 15 août et s’implique dans d’autres associations du village.
Je mesure timidement l’”acte politique” que représente le fait de vivre en dehors des centres urbains. Je lutte contre mon envie d’« améliorer », de « corriger », d’”optimiser”…
Je me dis que le temps d’adaptation d’un néo dépendra de sa capacité à désapprendre. Je ravale ma salive et bois une gorgée de bière.
— Et toi, le Lyonnais, qu’est-ce que tu fais là ?
— Oh bah, j’ai quitté Lyon début d’année. Ras la casquette du vacarme urbain. Ici, on a une maison de famille. J’y pose mes affaires pour un temps… on verra bien
On est une petite dizaine le long du bar. À tour de rôle, on s’écoute. Je suis le dernier arrivé, alors ils tendent l’oreille. Je sens bien que je les intrigue.
Cette Creuse-là, et la creuse tout court, ne passe pas dans les magazines. Elle est agricole, en déprise. Les commerces ferment, et pourtant, c’est le seul village thermal du département où j’ai posé l’ancre. Chaque saison, près de 3 000 curistes viennent s’y soigner. Mais que se passera-t-il si les cures ne sont plus remboursées? Il y a aussi le seul casino de la Creuse, la piscine intercommunale, un petit tissu associatif. Et tout près, un village vient d’obtenir le label "Plus beau village de France".
Et après ?
La réalité des campagnes est brutale, sans violence, lente. J’aime la rugosité des gens, “le franc parlé (mais pas de franc)”.
Les voilà, les ‘utopistes par piste’. Les choix de vie qui deviennent politiques? Prendre le sentier, la départementale ou l’autoroute ?
Utopiste par piste
Une expression que j’avais trouvée il y a des années, quand je tenais un blog maladroit, comme l’étudiant en ‘Son’ que j’étais.
Devinez quoi : cette expression a refait surface. je la laisse suivre le mouvement de houle en moi. Peut-être qu’elle a à nouveau quelque chose à dire… ou pas. Mais elle est là.
Mon cerveau fait la connexion. Pourquoi ne pas créer un itinéraire à vélo uniquement à travers cette fameuse “diagonale du vide”?
Aller à contre-courant. Donner à voir du beau dans la marge. Emplacement, souvent réservé à des commentaires pathétiques à l’encontre des écoliers qui font leur possible pour rentrer dans le moule. La marge, cette diagonale du vide… Comment la raconter?
Partir du nord-est, traverser par la Creuse, pour finir au sud-ouest ?
Aucun sens. Mais une direction.
Un appel à résidence, ou plutôt à résistance.
Une trace géopoétique, sans détour et surtout avec amour.
En avant, toute.
Voilà, c’est tout pour ce mois-ci!
Si vous avez des envies de collaborations, des suggestions d’amélioration, des mises en relation à proposer, des idées à partager ou simplement envie de dire bonjour, n’hésitez pas :) 👇🏻
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Bonne route et bonne écoute,
Florent
