Cyclauditrices·eurs,
Je rembobine la K7 en 2007 pour vous raconter les premières traces sur les ondes. Se raconter est toujours un peu périlleux, mais ça calme un temps le syndrome de l’imposteur. Et puis, comme disait l’autre : « Comment veux-tu raconter les histoires des autres si tu n’as pas raconté la tienne ? » (vraiment plus aucune idée de qui c’est…)
La musique de tous les mondes
Cette ancienne radio pirate lyonnaise naviguait au gré des courants musicaux, sur les ondes du 99,3 FM. Bernard Dautant, alors cap’taine de la radio lors de mon embarquement, en était aussi l’un des fondateurs. (Pour les plus curieux, il partage son histoire de la radio RCT.) Jeune marin d’eau douce, j’ai mis une première jambe (de bois) sur le navire le jour où un ancien camarade du BTS audiovisuel m’a proposé d’assister à une émission. Il était à la réalisation technique comme bénévole, pour une émission qui s’appelait Bavardages, animée par une Brésilienne à l’accent ondulant qui vous envoyait bossanover bien loin de la grisaille hivernale villeurbannaise.
Encabané dans le studio, j’étais à la barre du navire on air. Piña colada dans une main, souris d’ordinateur dans l’autre. C’était comme une salle des machines avec les tours d’ordinateurs, lecteurs de disques, amplis, enceintes… Tout ce bazar dégageait une chaleur réconfortante en hiver, mais parfaitement suffocante les jours de canicule. Des couleurs tropicales dans les yeux, notre carnaval se passait là, en bas des tours.
Quelques semaines plus tard, Vincent, l’ancien camarade, me confie les rênes de Bavardages, pour continuer sa piraterie sur les flots de la première chaîne. La cabine devient refuge. Mon bureau de jour comme de nuit. Je baigne dans les émissions d’actu, les interviews d’artistes locaux et nationaux, et me laisse submerger volontairement de musique que les animateurs emportaient avec eux. Des rythmes de salsa, des envolées de jazz, des saturations de rock, des 0 et des 1 électroniques, des beats de hip-hop. Malgré la grille d’antenne qui venait séquencer ce joyeux bordel, j’aimais la diversité et le brassage de ce petit studio. Les apéros et les discussions se partageaient avec tous ces passionnés de musique.
Août 2007, je veille sur l’émetteur planté sur le toit de l’immeuble. En parallèle, je commence à baragouiner à l’antenne. Je m’occupe de la programmation quotidienne, d’animer une émission éphémère pendant l’été, de créer l’habillage sonore, de réaliser plusieurs émissions d’actualités en direct, de produire des micro-trottoirs (première utilisation d’un enregistreur audio numérique), d’être en contact avec les labels, d’accompagner les bénévoles sur l’édition sonore. Un laboratoire radiophonique dans lequel je me proposais d’en être le cobaye supersonique !
Flow
L’ouïe fine, j’entendais parler d’un certain personnage connu sous le nom du Fléau. Son ombre régnait. Un artilleur d’élite ? Un canonnier expérimenté, pensais-je ? Rien de tout ça, c’était l’ancien permanent qui « vampirisait » la radio. Lui aussi avait quitté le navire pour mener son prochain abordage dans la capitale. Il me propose de co-animer et de réaliser l’émission hip-hop de la Blackline dont lui-même avait hérité. Il me présentera plus tard à Foued, A.K.A Tahiti Bob, un fervent auditeur de la première heure, qui me transmet la passion de cette culture et avec qui je partagerai d’inoubliables moments d’antenne accompagnés de nombreux chroniqueurs, blagueurs, rappeurs, DJs, et gens de passage.
En écoutant de plus en plus de hip-hop, la partie musicale attirait davantage mon attention que le texte (étrange, je sais). La répétition du sample pouvait déjà raconter quelque chose, selon moi. Impatient de découvrir comment le sample allait évoluer, quelle émotion allait donner la boucle à force de répétition. Pris dans une sorte de cérémonie, nos nuques basculaient en avant puis en arrière (ou de côté pour certains) au rythme des caisses claires et des lignes de basse.
Composer des instrumentales, c’était un moyen d’expression qui me convenait bien. Je découvre alors la technique du sampling avec des producteurs comme Madlib, J Dilla, Logilo, Nottz, DJ Premier, pour ne citer qu’eux… J’affine ma technique et absorbe les conseils que l’on me distille. Il me fallait un blaze, ça sera Le Flow !
Mais pour nourrir mes productions, j’avais besoin de matières et, pour ça, je devais voyager.
Voyages sonores
En parallèle, pendant des séjours à Paris, mon oncle me donne accès à sa discographie, qu’il avait diggé pendant des années dans les méandres de nombreux blogs, dont Global Groovers faisait partie. Les portes m’étaient grandes ouvertes. L’exploration pouvait commencer. YouTube était à ses débuts et des chaînes musicales (très niche) débarquaient de toute part sur la jeune plateforme. C’était ma ruée vers l’or à moi. En un clic, je voyageais au Congo, au Pérou, au Mexique, puis un détour par le Maghreb, avant d’aller en Turquie, au Pakistan ou aux Philippines…
Courant 2010, je découvre le travail de Vincent Moon et prends contact avec lui. Il est au début de son aventure nomade : la Collection Petites Planètes. Avec ce nouveau projet, il explore et enregistre la musique traditionnelle, les rituels religieux, les relations entre musique et transe sur les cinq continents. C’est une onde de choc (à l’époque) dans mon rapport au voyage et à la manière de découvrir de nouvelles cultures. Je découvre un style immédiatement reconnaissable, que ce soit dans son traitement d’image, sa manière de filmer en mouvement, son montage… Son vagabondage créatif en immersion m’interpelle…
La radio en liberté
L’arrivée de la radio numérique aura eu raison de l’antenne. La fréquence est cédée. Changement de studio et d’ambiance. Je ferai la transition quelques mois sur la toute nouvelle radio lusophone, CapSao.
Rétrospectivement, j’avais commencé à voyager depuis cette cabine radio, au pied d’une barre d’immeuble d’un quartier Villeurbannais.
Voilà 20 ans que cette petite radio associative avait ouvert le sillon d’une trace que je continue encore de poursuivre. Piste par piste.
« C’est évidemment des rencontres… », des découvertes, des imprévus, des malentendus et aussi un capital culturel dont j’avais hérité. Ce n’est pas si compliqué d’être curieux et d’avoir quand on nous a montré le chemin… « Pour faire le choix, faut-il encore en avoir », comme disait l’autre…
Parfois, je me dis que nous ne sommes que des échantillons d’âmes emporté dans le mouvement cosmique. Tous ces petits cycles dans la tourmente formeraient alors ce grand cycle de la vie. En tendant l’oreille, il arrive même que l’on se synchronise. L’onde s’incurve et prend alors la forme d’un cœur et v’là-t-i’ pas qu’on parle d’amour !
Pris dans des rythmes qui ne nous appartiennent plus, souvent désaccordés, je prône un traitement par l’Écoute. Que nous puissions vibrer un peu plus avec le vivant qui nous épouse, prolonger de quelques mesures notre paracosme, et puis, qui sait, sur un malentendu, tout peut arriver !
Florent
