Cyclauditrices.eurs,
Fin de cycle pour cette saison de 5 mois sur l'île d'Ouessant.
Avant de partir, je suis allé tendre l'oreille et le micro à Gaël, pêcheur à la mouche, cocheur de piafs et fin connaisseur du milieu naturel ouessantin.
Nous avions prévu 1 heure. Celle-ci s'est finalement multipliée par trois.
Même s'il réside encore sur le continent, je le considère comme un enfant du pays. Il vient ici depuis tout petit. Une maison de famille pour se réfugier, été comme hiver. Gaël y tient un carnet de bord depuis plusieurs années. Sur Instagram, il partage ses photos, expérimentations, découvertes, fabrications... C'est comme ça que je l'ai découvert.
Il préserve un certain art de vivre insulaire et un rapport à son environnement qui me donne envie d'en faire tout autant. Voilà ce qui m'a plu chez lui et la raison pour laquelle j'ai voulu le rencontrer.
Tout comme Loïc, rencontré dans l’édition du mois de Juin, il me donne rendez-vous au parking de Porz Goret, sur la pointe sud. On marche en direction de l’estran, en contre-bas…
L'ensemble de mes enregistrements fera l'objet d'une pièce sonore qui accompagnera une exposition photographique future. Pour être tenu informé des dates, lieux et prochaines étapes d'Ouessant Transmission, restez abonné à cette newsletter et ne touchez surtout à rien :)
SMILO
‘À l’occasion de son 10ᵉ anniversaire, SMILO, en collaboration avec le Conservatoire du littoral et la Commune insulaire de Gorée, lance un concours de photographie ouvert à toutes et tous, avec une attention particulière portée aux 58 îles de son réseau. Les participants sont invités à partager, à travers leurs images, la manière dont ces îles vivent, s’adaptent et se réinventent. Il ne s’agit pas de montrer les îles vues de l’extérieur, mais de raconter leurs histoires de l’intérieur. Gestes du quotidien, savoir-faire locaux, équilibres fragiles et innovations discrètes deviennent ainsi le cœur du récit.’
De passage sur Molène pour une seconde fois, seul, cette fois-ci, je débarque alors appareil photo et enregistreur en bandoulière, avec l’intention de participer à ce concours photo. Sans trop savoir par où commencer, j’arrive rapidement au port, guidé par un bruit de moteur au loin et les causeries des goélands et des pêcheurs.
Un peu plus loin, une affiche rédigée à la main indique un tournoi de foot organisé par deux copains. Chance, c'est aujourd'hui !
Un terrain sur l'île ? J'en prends la direction et tombe nez à nez avec deux p'tits gars. On s'interpelle mutuellement.
— Pas d'tournoi ! Y'avait pas assez de monde. Vous faites quoi vous ? Des photos ?
— Oui, je me balade pour la journée. Je suis en saison sur Ouessant. Vous y êtes déjà allés ?
— Non, jamais. On passe toutes nos vacances ici, sur Molène. Moi je m'appelle Enzo. Et lui, c'est mon cousin Jason.
La voilà, l'histoire pour ce concours photo ! J'en prends aussi des fragments sonores, enregistrés avec mon téléphone. (Le vent souffle, ça sature)
Ils viennent sur l'île depuis leur plus lointain souvenir. Chez la grand-mère. Assez naturellement, ils se sont improvisés guides en me demandant si je connaissais les musées de l'île, en me parlant de la ressource eau, de l'histoire de leur île et des problématiques rencontrées. Tout à fait conscients de la grande fragilité de cet équilibre dont ils sont les funambules.
‘Un jury international sélectionnera 20 photographies (4 photographies par champ d’action). Les photographies retenues seront présentées dans le cadre d’une exposition itinérante lors du SMILO Meet-Up 2026, qui se tiendra du 30 novembre au 4 décembre 2026 à Gorée, au Sénégal.’
PROCHAIN CYCLE ?
Ouessant Transmission se termine avec la résidence sur le terrain ainsi que le journal de bord mensuel, mais l’aventure continue car je vous documenterai toujours à travers cette newsletter, l’avancé du projet de pièce sonore, d’expo photo et la publication d’un livret.
Je documenterai les différentes étapes.
Pour la pièce, la direction prise devrait s’articuler autour d’une retranscription du journal de bord et raconter ce qu’à changer cette expérience dans mon regard et mon écoute. Je reviens avec presque 3500 photos, une petite centaine d’enregistrements sonores et quelques milliers de mots mis bout à bout dans mon carnet de bord.
J’essaierai de documenter et de partager le processus créatif derrière ce diptyque sonore et visuel.
Cyclaudio
J'aimerais prendre du temps pour écrire également à propos de cette expérience de nomadisme hybride à vélo, vécue entre 2024 et 2025. Avec un peu de recul, ma traversée des réserves naturelles et de plusieurs territoires français marque, d'une certaine manière, les premières traces d'une rupture avec mes années passées dans le tourisme et l'hospitalité, en auberges de jeunesse citadines.
Une réflexion autour d'une hospitalité territoriale différente, tournée vers les défis de demain, d'aujourd'hui. C'est ce que je vais tenter de creuser.
J'ai envie d'aborder la thématique du tourisme autrement. Sous un angle plus critique et d'interroger aussi notre mobilité. Non pas valoriser les territoires par une carte postale mais par les « gestes du quotidien, savoir-faire et savoir-être locaux, les équilibres fragiles et innovations discrètes » abordés un peu plus haut dans le cadre du concours photo SMILO. Ces connaissances deviennent ainsi le cœur du récit.
Un tourisme apprenant dont j'ai pris connaissance en Biovallée, une démarche portée par l'Association Biovallée pour
lier voyage et transmission de savoirs autour de la transition écologique et sociale
dans la vallée de la Drôme.
Finalement, c'est la technique de l'aspiration, bien connue des cyclards, n'est-ce pas ? Rouler dans le sillage d'un autre pour réduire la résistance au vent. Une lecture mécanique des micro-reliefs d'un sillon en spirale, vibrant au contact des aspérités, se frottant à la rugosité du chemin, en écoutant le chant des pistes…
Et puis sur un malentendu, tout peut arriver !
Florent




