Cyclauditrices, Cyclauditeurs,
Toujours en vadrouille avec le vélo et les microphones, mais cette fois-ci dans un format résidence saisonnière et (ré)créative. J’embarque sur l’île d’Ouessant pendant 7 mois, pour le meilleur et pour le pire, à travailler dans l’auberge de l’île et à développer des projets très divers pour documenter, un temps, cette vie « Breizh’îlienne ». Embaquement immédiat !
“Nul n’a passé Fromveur sans connaître la peur”
Réveil à 7h00, sur Brest. Les affaires sont déjà prêtes. Je roule au petit matin le long de la zone portuaire pour prendre un café proche de la gare maritime. Une ambiance PMU ; le restaurant s’appelle « La Presqu’île ». Le cap était donc bon. Deux pains au chocolat et un café plus tard, me voilà au comptoir de la Penn Ar Bed pour enregistrer le vélo et vérifier mon billet. Les premiers passagers attendent dehors, observant le bateau dans lequel des marchandises sont embarquées.
« Bien amarré, jamais égaré », c’est ce qui est écrit sur l’étiquette que je dois accrocher au guidon. On a toujours l’embarras du choix des subterfuges pour s’égarer volontairement, fuir nos peurs, autrement dit. Entre la brassière de sauvetage, le canot d’intervention rapide, le radeau ou le toboggan d’évacuation. C’est une voix féminine et synthétique qui me rappelle les fuites envisageables. Trop tard, me voilà embarqué sur le Fromveur II, enlacé par mon Fuji et épaulé par mes sacoches.
On mène notre barque dans une société en liquéfaction et en proie à des crises multiples : climat, énergie, travail, géopolitique… ça clignote rouge à tous les étages et pourtant, il faut bien tenir la barre. On nous en rajoute une couche avec des consignes de sécurité un peu partout. Tout ça m’angoisse parfois. Quand ça arrive, je pense à Bruce Lee (je sais...) et sa fameuse phrase : Be water my friend !
Be water my friend ! Be water my friend ! J’entends encore les échos de cette phrase quand je reprends enfin mes esprits. Mon souffle a déposé une fine couche de buée sur la vitre. J’embrasse tendrement l’horizon du regard pour contenir le petit déjeuner de ce matin. Jusqu’au Conquet, passe encore. Passé Molène, le visage pâle, teinté de vert, j’encaisse la traversée au son des vrombissements du moteur et du chauffage d’appoint sous le siège qui me maintient les guiboles à température.
Dehors, le temps est gris, je me sens libre et ouvert à l’aventure qui m’attend en face. La vague à l’âme, j’ai une pensée pour ma famille et mes proches que je ne reverrai pas pendant ces 7 mois. Be water my friend ! Be water…
En sortant, un marin de la compagnie vous agrippe fermement le bras pour accompagner votre arrivée sur la terre ferme. « Bien amarré, jamais égaré ». En levant la tête, j’aperçois Alex qui m’accueille pour ces premiers moments sur l’île. Je respire profondément et prends la direction de l’auberge à vélo. Des couleurs refont surface sur mon visage. Sans filets de sécurité, je traverse l’île et contemple ce bout de terre qui sera mon Ailleurs pour ces 7 prochains mois.
Chants de Bretagne au cœur d’une chapelle de l’île
Presque 20 jours sur l’île, et je voyais cette affiche sur toutes les vitrines depuis mon abordage. Des chants traditionnels bretons dans une chapelle ? Une mission pour Cyclaudio, écouter et enregistrer ces chants pour garder une trace de ce patrimoine sonore qui se transmet oralement uniquement.
La gwerz (en breton) est un récit chanté, une forme de complainte ou de ballade qui relate le plus souvent des histoires fantastiques ou tragiques : apparitions surnaturelles, infanticides, duels à mort, trahisons, enlèvements…
Accueilli par Axel et Karen, nous échangeons quelques mots et partageons notre sensibilité au monde sonore. Il me propose de faire un test pour l’enregistrement. C’est ici que tout se joue.
L’acoustique de la chapelle m’amène à utiliser le micro interne (couple XY) de mon enregistreur Zoom H4. Je me balade entre les bancs en bois pour trouver l’équilibre. Capter la voix des chanteurs qui viendra percuter directement les microphones, tout en gardant la reverb naturelle du lieu. Parti du fond de la chapelle, je me rapproche doucement de la source… Au deuxième rang, c’est ici que je m’installe
Le public prend place. Une partie de la reverb est étouffée par les corps. Le bois des bancs craque, on entend le frottement des vêtements. Il y a ce couple qui chuchote au premier rang et cette fillette, à ma gauche, qui tient difficilement en place. A ma droite je discute avec cette dame qui me dit faire partie de l’ANO.
Un chant résonne dans notre dos. Axel a commencé. Je ne l’avais pas entendu arriver. Vite, je lance l’enregistrement !
Écouter « Chants de Bretagne au cœur d’une chapelle de l’île d’Ouessant » dans L’Hémicycle
Dans cette chapelle Kerber Notre-Dame d’Espérance, remplie d’une cinquantaine de locaux et d’une poignée de touristes curieux, il régnait une ambiance de communion. Une expérience à la fois musicale et spirituelle que vous pouvez écouter.
Un grand merci à Karen Tréguier et Axel Perret de l’association N’eus Forzh pour cette belle transmission.
Pas encore leurre !
L’année passée, sur la presqu’île de Crozon, Capitaine Bigs m’avait partagé sa passion pour la pêche. J’avais pris goût à ces sorties en mer et encore plus aux odeurs de maquereaux grillés que nous partagions au retour à la Guesthouse Philadelphia.
Mais pour ça, il fallait tuer. L’index dans la gueule et on pousse d’un coup sec. Cette action brise la nuque et le poisson meurt instantanément. Ce jour là, j’avais pris conscience, dans ma chair, de l’espèce prédatrice à laquelle j’appartenais… toi aussi d’ailleurs... si, si. D’un côté, se nourrir de sa propre pêche me procurait un sentiment d’autonomie et de liberté et de l’autre… tuer, c’est mal !
Quand j’ai su que j’allais sur Ouessant, je me suis mis dans la caboche d’apprendre à pêcher. C’était un autre rapport à l’océan. Différent du surf. Ni une ni deux, je demande au Capitaine Bigs le matériel nécessaire avec l’espoir de faire quelques prises.
Premier jour : J’avais pris la direction de la plage de Yuzin. Sauvagement escarpée. La ligne était prête. Je lance une dizaine de fois. Tout se passe bien jusqu’à ce que j’accroche le fond. Je tire à plusieurs reprises, mais rien à faire : je dois couper la ligne à l’Opinel. Je range la canne dans la sacoche et rentre à l’auberge. Circulez, y’a rien à voir.
Deuxième jour : Alex et Paskell, le couple en gérance à l’auberge, me conseillent d’aller au Stiff. C’est protégé et l’accès y est plus facile. Je repense aussi à ce vieux pêcheur rencontré sur la digue. Il m’avait conseillé de commencer par ici. Après ma journée de boulot, je ne me démonte pas : je remets une ligne et un nouveau leurre. Canne à pêche sur le vélo, j’enfourche direction le port du Stiff. Ça ne se passe pas trop mal, le soleil est de sortie, mais pas de touche, enfin, il me semble... Il suffit que le leurre effleure une algue pour que mon rythme cardiaque et mon poignet s’emballent. Je donne quelque tours au moulinet, puis donne deux coups secs sur le côté pour imiter un poisson blessé. Je répète la chorégraphie jusqu’à ce que mort s’ensuive.
Je décide de monter sur la digue principale, plein Est. Après avoir vérifié qu’aucun casier ne se trouvait en aval, j’envoie valser le leurre le plus loin possible depuis mon épaule droite. ZZZzzzzzzzzzz…. plouf ! Je rembobine gentiment quand soudain, à 4 ou 5 mètres du bord, j’accroche. Je tire, je tire et ça casse. Deuxième leurre, game over.
Troisième jour : À marée basse, je savais que la digue du petit port du bourg de Lampaul était tranquille et à l’abri des regards. Session de 20 minutes qui se passe comme sur des roulettes. Et vous connaissez déjà la fin : j’accroche je ne sais quoi, je tire pour essayer de dégager l’hameçon. Le nœud casse et le troisième leurre finit ses jours au fond de l’océan.
Projets en flottaison
La pêche aux ondes radio
Sans pour autant laisser tomber la pêche, début Mai, je ferai l’achat d’un boitier SDR (Software Defined Radio, en français : Radio Définie par Logiciel) pour attraper dans mes filets, à la nuit tombée, des fréquences: le Rail d'Ouessant, les balises et automates, les textures robotiques, les bips, les voix,.... Ce récepteur me permettra de capturer l'activité marine (et plus) et de transformer ces données invisibles en une expérience sonore (?!)
Je pourrai vous en dire plus quand j’aurai mis le nez dedans ! Quelque chose me dit que cette expérimentation pourrait devenir une source de matière sonore et visuelle assez cool à travailler…
Carte postale sonore
Je réfléchis à imprimer une sélection de mes photographies en noir et blanc au format carte postale. Au verso, en guise de timbre, je glisserais un QR code à flasher renvoyant vers un paysage sonore associé.
L’idée ? Offrir un souvenir visuel et auditif, en plus des quelques mots que vous aurez soigneusement choisis pour le destinataire.
Pour l’impression, j’ai repéré L’Imprimerie from Brittany dont j’aime l’histoire, mais je ne les ai pas encore contactés. Si vous avez d’autres recommandations d’imprimeurs dans le Finistère Nord, je suis preneur !
Pour suivre les micro-aventures et voir quelques photos, rendez-vous sur insta !
Florent




